En guerre: Interdite un peu partout, la cigarette. Votre avis en général?
ELLE est derrière lui. Il la sent. ELLE le regarde. Intensément. Il aimerait allumer une cigarette pour se détendre ; son c½ur bat la chamade comme cet enfant qui s'apprête à désobéir pour la première fois. Il ne peut pas, car c'est bien une question de puissance. ELLE le fixe toujours. Il prend le paquet en main, mais jette soudain le briquet. Ses jambes tremblent au point qu'il peine à rester debout ; seul un excès d'adrénaline le lui permet. ELLE est toujours là. Impérieuse. ELLE le fixe. Il rage de voir sa liberté ainsi amputée et mord les lèvres de sa bouche avide de nicotine. Il ne peut pas ; c'est interdit : ELLE ne veut pas. Les poings serrés, il désire briser la fenêtre devant lui et le mur, le restaurant, l'immeuble voisin, la rue, la ville, le pays, le monde entier, tout. Il ne peut pas. ELLE le surveille : pour son bien, le bien des autres, le bien de la communauté. La rage parcourt son corps telles des fourmis désorientées sous le parfum d'un insecticide. Un long frisson se répand, froid, le long de son échine recroquevillée pour cacher sa face. Il lui faut du feu, il n'en peut plus : fumer le calmerait, juste une petite bouffée, oui ! une bouffée de goudron pur pour mieux respirer dans cette société où il étouffe, où ELLE l'étouffe parce qu'il étouffe son entourage. Cette oppression le révolte et il désire crier, hurler son désarroi. Il en a assez, il n'en peut plus, il est à bout : ELLE est là, sans cesse, à l'épier, à lui dicter sa conduite ; ELLE est là, inflexible, intransigeante, au-delà du bien et du mal ; ELLE est là, la LOI, parce qu'il comprend « pouvoir », parce qu'il ignore « devoir ».
Slévich.